
Le 26 septembre 2019, Rouen se réveillait sous un panache de fumée noire de 22 kilomètres de long. Aujourd’hui, en 2026, si les traces noires sur les toits ont disparu, les questions brûlantes restent les mêmes. Entre impunité financière et mépris des employés, retour sur l’envers du décor.
1. À qui appartient Lubrizol ? L’empire de l’ombre

Il est crucial de rappeler qui tire les ficelles. Lubrizol n’est pas une petite usine locale, c’est un pion sur l’échiquier de l’une des plus grandes puissances mondiales. L’entreprise appartient à Berkshire Hathaway, le gigantesque fonds d’investissement dirigé par le milliardaire américain Warren Buffett.
- Le paradoxe : Alors que Warren Buffett est l’une des plus grandes fortunes au monde, sa filiale a tout fait pour minimiser les coûts et les responsabilités après la catastrophe. On parle d’un empire qui pèse des centaines de milliards de dollars, face à des commerçants rouennais et des agriculteurs normands qui ont dû se battre pour chaque euro d’indemnisation.
2. Que sont devenus les employés ?
L’usine de Rouen n’a jamais fermé. Après l’incendie, la direction a tout fait pour redémarrer l’activité au plus vite, parfois au mépris de l’anxiété des salariés.
- Le traumatisme : Beaucoup d’employés présents lors de la nuit de l’incendie ont souffert de stress post-traumatique. Si certains sont restés, d’autres ont quitté l’entreprise, ne supportant plus de travailler sur un site qu’ils jugent désormais « maudit » ou mal sécurisé.
- Le climat social : Les syndicats ont souvent dénoncé une pression managériale pour « tourner la page » rapidement. On demande aux ouvriers d’être productifs, tout en sachant que l’image de leur métier a été salie par la gestion de crise de leur propre direction.
3. L’Arnaque des indemnisations
C’est ici que le bât blesse. Si Lubrizol se vante d’avoir débloqué des millions d’euros, la réalité sur le terrain est bien différente :
- Le « Fonds de Solidarité » : Ce fonds a surtout servi à éteindre l’incendie médiatique. Les indemnisations ont été rapides pour les pertes matérielles immédiates (nettoyage, pertes de stock pour les commerçants), mais qu’en est-il du reste ?
- Le préjudice de santé : C’est le grand vide. Pour les riverains et les employés, aucune indemnisation sérieuse n’a été mise en place pour les conséquences sanitaires à long terme (problèmes respiratoires, cancers potentiels). La justice française peine à reconnaître le « préjudice d’anxiété » pour l’ensemble des habitants.
- La bataille judiciaire : En 2026, les procédures traînent encore. Les avocats de la multinationale utilisent tous les recours possibles pour éviter un procès historique qui pourrait coûter trop cher à l’empire de Warren Buffett.
Conclusion : Un système qui protège les gros
L’affaire Lubrizol est le parfait exemple d’un système où la responsabilité est diluée. On a une usine classée Seveso qui explose, une multinationale américaine qui encaisse les profits, et une population locale qui respire les restes.
Tant que la justice ne forcera pas les géants comme Berkshire Hathaway à payer un prix réel — non pas en fonction de la perte de stock, mais en fonction de la mise en danger de la vie d’autrui — le ciel de Rouen ne sera jamais vraiment serein.