CRITIQUE MÉDIA – Lors de l’ouverture de la 51ème cérémonie des César, Camille Cottin a tenté de redonner du lustre à un cinéma français en crise. Entre autosatisfaction et déni de réalité, la présidente a livré un discours aux antipodes de la situation réelle des salles. Analyse d’un naufrage marketing.
Dans un souci d’humour quasi inexistant, la nouvelle présidente des César a pris le micro pour jouer les héroïnes d’une industrie qu’elle imagine triomphante. Selon elle, le cinéma français serait le « deuxième pays qui marche le mieux au monde » et une priorité absolue pour le public national. Pourtant, derrière les paillettes et les dorures, les chiffres de 2025 et début 2026 racontent une tout autre histoire : celle d’un divorce consommé avec les spectateurs.
Le mythe de l’exportation
Camille Cottin a martelé que la France restait le deuxième exportateur mondial derrière les États-Unis. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Si le volume de films produits est énorme grâce aux subventions, leur rayonnement réel est en chute libre.
- En Amérique du Nord, bastion stratégique, les ventes de films français ont dégringolé de 36,8 %.
- À l’étranger, la réalité est brutale : les spectateurs décrochent souvent en moins de 20 minutes. Ce cinéma subventionné, très apprécié dans l’entre-soi parisien, peine à franchir les frontières sans l’aide de plateformes de streaming qui servent de « cache-misère ».
Le mensonge des parts de marché
Le point le plus scandaleux du discours reste l’affirmation selon laquelle les Français iraient voir en majorité des films nationaux. C’est un mensonge factuel. En 2025, la part de marché du cinéma français s’est effondrée sous la barre des 35 %. À l’inverse, les productions américaines raflent la mise avec plus de 55 % des entrées. Le public ne se presse pas pour voir du « made in France » ; il se presse pour les blockbusters et l’animation étrangère.
L’arbre qui cache la forêt
L’industrie aime brandir les deux ou trois succès populaires de l’année pour justifier le système. Mais si l’on retire ces rares exceptions, le bilan est catastrophique.
- En 2025, seuls 5 films français ont dépassé le million d’entrées.
- La majorité des films primés en festival — ceux-là même que les César encensent — perdent plus de 50 % de leurs spectateurs dès la deuxième semaine de sortie. Même le format court métrage, pourtant soutenu à bout de bras, ne trouve plus son audience.
Conclusion : Une industrie sous perfusion
Pendant que Camille Cottin s’auto-congratule, la fréquentation globale des salles a encore baissé de 13,6 %. Ce « discours de la honte » prouve une chose : l’élite du cinéma français préfère s’inventer une gloire imaginaire plutôt que de s’interroger sur la qualité et l’attractivité de ses œuvres. À force de nier la vérité du public, le cinéma français risque de finir comme ses films de festival : une œuvre coûteuse que plus personne ne regarde.